Tokyo Notes…

Bonsoir,

Nous avons joué 6 soirs, et il nous reste 4 représentations… Étant donné le temps limité pour préparer ce spectacle, je dirais que les trois premières étaient en cours de recherche pour tous.

Photographies de Henri-Jérôme Bertin

Je devais placer mes mots à des moments bien précis en fonction de ce qui se disait au même moment ailleurs sur le plateau. Au bout du quatrième soir c’est devenu un automatisme, et j’ai pu me libérer du texte pour enfin pouvoir jouer sans être trop concentrée sur ce qui se disait à côté. Ma concentration est désormais ailleurs, dans le lien avec l’autre (J’essaie vraiment en tout cas).

Faute de temps, l’idée d’un prologue a été abandonnée…j’ai donc été « le fer de lance » d’un projet qui n’a pas abouti, mais les heures que nous avons passées à donner vie à ce projet n’ont certainement pas été veines.

Chaque personne est différente et par conséquent nous cherchons tous à des endroits différents. Olivier a cherché à comprendre comment je fonctionnais, et m’a guidé dans une direction sans pour autant me contredire, partant du principe que si je fonctionne comme ça, c’est que j’en ai besoin. Par des mots simples et justes, il m’a dit ce que j’avais grandement besoin d’entendre (à mon insu), et ce qu’ il avait compris en m’observant, là où je pouvais l’entendre. Hier soir, alors qu’il ouvrait une huître, je l’ai entendu dire:
« C’est comme la direction d’acteur, il faut passer le couteau là ou ça rentre sans forcer, ce n’est jamais le même endroit parce qu’elles sont toutes différentes, et quand on a trouvé… ».
Ça résume bien ce que je viens de dire plus haut…

Nos discussions m’ont beaucoup apprises sur moi, je n’aborderais plus jamais un rôle de la même manière :
Ne pas dire « le personnage », mais « je », tant pis si ça me paraît bizarre, ça va m’aider… –  « j’ai un travail à te demander Priscillia : ne travaille plus chez toi maintenant »  –  « Sois mauvaise »  –  « essais de t’en foutre un peu »  –  « ne perd pas le lien avec l’autre sur le plateau, c’est précisément ça que tu dois travailler »  –  « c’est dans la précision qu’on doit trouver le plaisir de jouer »  –  Le mot « accepter » a pris tout son sens avec Olivier : Accepter qu’une représentation ne soit jamais la même tout les soirs, qu’il y’ ait des choses qui parfois nous échappent, c’est le propre du spectacle vivant  –  Accepter de chercher sans trouver   –  Ne plus être aussi exigeante avec moi même : « C’est une forme de renoncement, un renoncement à toutes les autres possibilités ».

Tout ceci m’aide à prendre conscience d’une chose en particulier qui me restreint depuis longtemps : Ma critique personnelle, ne me fait que souffrir.
Alors dans cet art, où l’on est si souvent remis en question, il nous faut accepter qu’elle vienne de l’extérieur et uniquement de là. L’humilité de l’acteur n’existe en fait que pour lui même. Dans la capacité qu’il a d’essayer, de faire et d’y croire, puis de se prendre un mur de plein fouet, et de recommencer de plus belle jusqu’à ce qu’enfin, il puisse toucher quelque chose qui de toute façon mettra le temps qu’il faudra pour grandir, et ça aussi, il faut savoir l’accepter.
Ce qui est important c’est de donner vie à un texte. Nos petites exigences personnelles n’ont pas leur place.

Priscillia à 00h23